Notre ami Maurice

Notre ami Maurice Pons, longtemps membre du Jury du prix Jean Vigo, est mort le 8 juin dernier.

 

Il était l’auteur du roman « Les Saisons » et du récit « Le Passager de la nuit », sur la guerre d’Algérie

« Maurice Pons possède cette simplicité, apparente, qui est la marque des grands et qui sait nous embarquer, mine de rien, vers le bizarre, avec le naturel de l’évidence », écrivait au sujet de l’écrivain un de ses jeunes pairs, Christian Authier, à la parution de « Délicieuses frayeurs », un recueil de neuf nouvelles inédites publiées en 2006 par les éditions Le Dilettante. « On entend des sonneries qui n’existent pas. Les fantômes avancent sur la pointe des pieds, mais les morts ont la pudeur de leurs sentiments. Tout cela est cocasse est déchirant. »

Son nom transmis comme un sésame parmi les lettrés initiés, son visage absent des plateaux télé, son œuvre peu familière des best-sellers, Maurice Pons, né en 1925 à Strasbourg, s’est fait connaître en 1965 avec son roman fantastique devenu culte, « Les Saisons » (Éditions Julliard puis Christian Bourgois), né d’une nouvelle (« La vallée ») initialement publiée dans la revue Les Lettres nouvelles et rééditée en 2006 par le même Dilettante.

Mais c’est aussi comme compagnon de l’ombre de la Nouvelle Vague que Maurice Pons s’est indirectement illustré, côtoyant plusieurs cinéastes au Moulin d’Andé, situé sur une boucle de la Seine, dans l’Eure, où il s’était retiré à partir de 1957.

Dans ce lieu atypique du XIIe siècle, voué à la création artistique (théâtre, littérature, cinéma…), François Truffaut, Louis Malle et Alain Cavalier viennent écrire certains de leurs scénarios. Le film « Jules et Jim » y a été en partie tourné.

Il inspira à Truffaut son premier film

En 1955, François Truffaut avait écrit le scénario de son premier court-métrage, qui fit connaître la comédienne Bernadette Lafont, « Les Mistons », en s’inspirant d’un des recueils de Maurice Pons, « Virginales ».

Au sujet de ce recueil, François Nourissier écrivait dans la NRF cette même année : « L’enfance étant naturellement impudique, curieuse des corps, ses joies et ses jeux abondent en façons animales, en ébauches sensuelles à peine devinées, toujours insatisfaites.Traduit dans le langage des grandes personnes ces émotions passeraient pour perverses. L’habileté de Maurice Pons est d’avoir découvert un langage qui emprunte à l’enfance à la fois ses magies et ses audaces mais qui demeure pourtant un langage du monde adulte ».

Un roi de l’oxymore

Maurice Pons est l’auteur d’une douzaine de livres, notamment, en 1958 son roman autobiographique, « Le Cordonnier Aristote », et en 1960 « Le Passager de la nuit », récit sur la guerre d’Algérie – cette même année, il signera le« Manifeste des 121 », déclaration signée de 121 intellectuels français pour dénoncer la guerre d’Algérie.

Sabine Audrerie/La Croix

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